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Costa Concordia: le commandant a refusé de remonter à bord

Le Costa Concordia échoué non loin des côtes
15 janv. 2012 à 03:43 - mise à jour 17 janv. 2012 à 06:02Temps de lecture6 min
Par Belga News
Une conversation téléphonique enregistrée entre une capitainerie du port et le commandant du navire Costa Concordia qui a fait naufrage vendredi soir près d'une île italienne montre que ce dernier a refusé de remonter à bord pour évacuer les passagers, selon la retranscription diffusée par l'agence Ansa.

A 1H46 du matin, alors que des centaines de personnes doivent encore être évacuées, un officier de la capitainerie ordonne au commandant Francesco Schettino, joint sur son portable, de retourner sur le navire. "Maintenant vous allez à la proue, vous remontez par l'échelle de secours (en corde) et vous coordonnez l'évacuation. Vous devez nous dire combien il y a encore de gens, enfants, femmes, passagers, le nombre exact dans chacune des catégories", indique la voix de l'officier dans l'enregistrement contenu dans l'une des boîtes noires, saisies par les enquêteurs.

Cadavres

"Que faites-vous ? vous abandonnez les secours ?", interroge l'officier. Schettino répond: "Non non je suis là, je coordonne les secours". L'officier reprend: "Commandant, c'est un ordre, c'est moi qui commande maintenant, vous avez déclaré l'abandon du navire, vous devez aller à la proue, remonter à bord et coordonner les secours".

L'homme indique alors au commandant qu'"il y a déjà des cadavres". "Combien?" répond Schettino, qui se voit rétorquer: "C'est à vous de me le dire, que faites-vous? Vous voulez rentrer chez vous?", s'énerve l'officier.

Au sec

"Maintenant vous retournez là haut et vous nous dites ce que l'on peut faire, combien il y a de gens, quels sont leurs besoins", poursuit l'officier auquel le commandant assure qu'il va remonter à bord.

Mais selon la capitainerie et de nombreux témoignages, il était déjà réfugié sur la rive avant minuit, peut-être dès 23H40. En effet, dans un appel précédent, dès 00H42, le commandant lâche une phrase compromettante en parlant par téléphone avec la salle opérationnelle de la capitainerie: "Nous ne pouvons plus monter à bord car le navire est en train de se cabrer côté poupe (arrière)".

"Commandant, vous avez abandonné le bateau ?", demande alors d'un ton très surpris l'officier, auquel le commandant répond: "Non non, évidemment que non!"

Selon l'Ansa, l'enquête de la capitainerie de Livourne, coordinatrice des secours, montre par ailleurs qu'il y a eu une sorte de "mutinerie" de l'équipage qui a décidé l'évacuation avant un ordre formel du capitaine. En outre, contrairement aux premiers éléments recueillis, ce n'est pas une manoeuvre volontaire qui a fait échouer le navire tout près de la rive, sauvant la vie d'un bon nombre des plus de 4.000 occupants du bateau, car les moteurs étaient complètement inondés et en avarie.

Le commandant voulait "faire plaisir" à un serveur

D'après le quotidien Corriere della sera paru lundi, le commandant de bord s'est adressé peu avant l'accident, au chef des serveurs, Antonello Tievoli, en le faisant appeler sur le pont. "Antonello, viens voir, nous sommes tout près de ton Giglio", a-t-il dit, selon des témoins cité par le journal.

Selon le Corriere, Antonello Tievoli aurait dû quitter le bateau pour un congé la semaine précédente, mais il avait dû rester à bord faute de remplaçant. Le commandant Francesco Schettino aurait voulu ainsi lui faire une faveur, en faisant passer l'immense paquebot près des côtes rocheuses de l'île toscane. Tievoli est monté sur le pont supérieur, s'est penché sur le bastingage, a vu l'île s'approcher dangereusement: "Attention, nous sommes extrêmement près de la côte", a-t-il dit au commandant. Mais l'impact est survenu immédiatement après, selon le Corriere.

Le chef des serveurs a livré son témoignage aux garde-côtes et devrait le répéter aux carabiniers, dans le cadre de l'enquête qui cherche à établir exactement les causes du sinistre, toujours selon ce journal.

La compagnie accuse le commandant

"La justice, avec laquelle Costa Crociere collabore, a ordonné l'arrestation du commandant, contre lequel pèsent de graves accusations", rappelle la compagnie dans un communiqué transmis à la presse. 

Le procureur en chef de Grosseto, Francesco Verusio, avait confirmé dimanche à l'antenne de la télévision SkyTG24 que le commandant Francesco Schettino a quitté le paquebot "bien avant que tous les passagers soient évacués", ajoutant que "la route suivie par le navire n'était pas la bonne". "Il semble que le commandant ait commis des erreurs de jugement qui ont eu de graves conséquences" et que "ses décisions dans la gestion de l'urgence n'aient pas suivi les procédures de Costa Crociere qui sont en ligne avec les standards internationaux", poursuit la compagnie.

La société affirme toutefois que le commandant Francesco Schettino, entré à Costa Crociere en 2002 comme responsable de la sécurité et promu commandant en 2006, avait suivi avec succès tous les programmes de formation continue en la matière. Elle rappelle également que les membres de l'équipage "font un exercice d'évacuation des navires toutes les deux semaines", et que "les passagers participent également à un exercice dans les 24 heures qui suivent l'embarquement".

Possible renflouage à l'aide de ballons ou scié en tronçons

L'opération très délicate pour extraire le Costa Concordia de la mer à proximité de l'île du Giglio pourrait débuter avec l'aide de ballons géants qui le soulèveraient, a déclaré lundi le patron de la société propriétaire du navire, Pier Luigi Foschi.
  
Lors d'une conférence de presse à Gênes, Luigi Foschi a aussi indiqué que le pompage du gasoil devrait précéder l'extraction du bateau des rochers et son renflouage. La société néerlandaise Smit Salvage a d'ailleurs été chargée par le propriétaire de pomper le carburant du navire, a-t-on appris lundi auprès de sa maison-mère Boskalis.
  
Costa Crociere, a-t-il dit, a donné mandat à plusieurs sociétés pour qu'elles étudient la meilleure façon de soulever l'immense navire. "Il pourrait être soulevé par des ballons, et, une fois remis à flot, tiré par des remorqueurs". "Le renflouage du Costa Concordia est une des opérations les plus difficiles au monde. Il y a plusieurs alternatives mais en tout premier lieu nous devons songer à colmater les voies d'eau", a-t-il ajouté.
 
Le patron de Costa Crociere n'a pas exclu non plus, si toutes les autres solutions échouaient, que le navire doive être scié en tronçons. Mais, a-t-il souligné, cette hypothèse ne figure pas actuellement parmi celles étudiées.

Crainte d'un danger écologique
  
Luigi Foschi a déclaré comprendre les préoccupations exprimées par le ministre pour l'environnement, Corrado Clini, sur un danger écologique. Mais il a relevé que le Costa Concordia "n'a pas bougé et ne bouge pas" depuis le naufrage. "Nous ne pouvons procéder au renflouage que quand nous serons sûrs que l'environnement sera protégé". Il s'agit, a-t-il dit, "de retirer d'abord le carburant". Une étude est en cours dont les résultats devraient être connus mardi pour voir comment procéder au mieux.
  
Corrado Clini a dit redouter un "désastre" écologique avec la fuite des 2380 tonnes de carburant qui se trouvent dans les entrailles du mastodonte, en équilibre sur des rochers à moins de 50 mètres de la côte. Mais Luigi Foschi a souligné qu'il n'y a pas de fuites constatées.
  
Le président de la région de Toscane, Enrico Rossi, a jugé qu'il devrait être possible "en l'espace de quelques jours" d'installer au flanc du bateau une plate-forme à partir de laquelle serait aspiré le carburant, sous la surveillance d'experts. A la suite de cela, le renflouage devra être mis en œuvre. On parle d'un délai de dix jours mais, selon Enrico Rossi, "l'opération sera bien plus complexe". Enrico Rossi a en outre souligné que l'épave pourrait créer des problèmes pour l'entrée des ferries au port du Giglio, surtout par mauvais temps.

Le Costa Concordia, un navire de luxe de quelque 300 mètres de long, propriété de l'italien Costa Croisières - filiale du numéro un mondial de la croisière, l'américain Carnival - a fait naufrage vendredi soir. Il avait alors à son bord 4229 occupants dont plus de 3200 touristes de 60 nationalités différentes et un millier de membres d'équipage.

AFP et Belga

Le naufrage du Costa Concordia

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Les images du paquebot Costa Concordia

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