Coronavirus : les travailleuses en titres-services pourront refuser de travailler en cas de risque, une mesure vraiment efficace ?

Titres services : les travailleuses pourront refuser de travailler en cas de risque sanitaire, une mesure vraiment efficace ?
24 avr. 2021 à 12:33 - mise à jour 24 avr. 2021 à 14:17Temps de lecture3 min
Par Daphné Van Ossel

La mesure a été annoncée vendredi, à la suite du Comité de concertation. Dans le secteur des titres-services, une travailleuse qui ne se sent pas en sécurité chez un client pour des questions sanitaires aura le droit de suspendre sa prestation, moyennant un contact préalable avec son employeur. Et cela n’aura pas d’impact financier : elle conservera 100% de son salaire.

Je me suis déjà retrouvée dans une pièce avec huit personnes, trois adultes et cinq ados !

Maria, aide ménagère à Bruxelles, est régulièrement confrontée à des situations à risque. “J’ai déjà eu un client qui était revenu de voyage et ne s’était pas encore fait tester quand je suis venue travailler, explique-t-elle. Un autre client avait son bébé qui était en quarantaine à la maison parce qu’il y avait eu des cas dans sa crèche. A cause du télétravail, et parfois de la fermeture des écoles, on se retrouve parfois avec beaucoup de monde à la maison. Je me suis déjà retrouvée dans une pièce avec huit personnes, trois adultes et cinq ados !

Au fur et à mesure des mois qui passent, beaucoup de clients respectent moins les gestes barrières. Et la peur est là. De telles plaintes sont aussi remontées auprès des syndicats. Pour ces derniers, une telle mesure était donc nécessaire, et d’ailleurs souhaitée depuis longtemps.

On est dans un secteur où les salaires ne sont pas élevés, réagit Gaëtan Stas, secrétaire général CSC alimentation et service, où il y a beaucoup de temps partiel, les travailleuses ont vraiment besoin de leur salaire. Elles devaient donc choisir entre travailler dans des conditions non optimales par rapport au virus ou perdre de l’argent et mettre leur famille en difficulté financière. Grâce à cette mesure, elles vont pouvoir travailler dans un environnement sain, et avoir une rentrée financière garantie si ce n’est pas le cas.

Aucun financement prévu, ce sera à charge des employeurs

Aucun financement n’est prévu pour accompagner cette mesure. Au cabinet du ministre fédéral du Travail Pierre-Yves Dermagne, on nous confirme que ce sera à l’employeur de payer le salaire garanti.

Cela douche l’enthousiasme de Gaëtan Stass : “Si aucun budget n’est prévu, cela vide la mesure de son contenu. Les agences risquent de mettre la pression pour que les travailleuses prestent malgré tout.

Les agences risquent de mettre la pression pour que les travailleuses prestent malgré tout.

Maria, l’aide ménagère, est, elle aussi assez sceptique, mais pour d’autres raisons. Elle pense qu’il sera très délicat pour elle de partir de chez un client : “On est seules sur le terrain, les responsables de l’agence ne sont pas là. Je ne pense pas que j’oserais arrêter de travailler. Tout ce que je peux faire, c’est me protéger au maximum, et voilà.

Françoise Alexandre, directrice de l’agence Natise, à Namur, appliquait déjà la mesure : "On fait ça depuis le début. Si les conditions sanitaires ne sont pas bonnes, les travailleuses arrêtent leur prestation, et on paie leurs heures. Mais nous sommes une entreprise d’insertion, on protège nos travailleuses, je ne suis pas sûre que les entreprises commerciales le fassent. Ça les poussera peut-être à le faire ? "

Les Régions appelées à la rescousse

Du côté de la fédération qui représente le secteur des titres-services, Federgon, on se dit surpris d’une telle annonce, alors que la mesure était discutée depuis des mois au sein de la plus importante commission paritaire du secteur. Arnaud Legrelle, directeur Wallonie-Bruxelles, apprécie pourtant le fait qu’il ne puisse pas y avoir de retrait unilatéral, que la travailleuse doive appeler son employeur au préalable. "Quant au financement, précise-t-il, le secteur est déjà en difficulté. Alors on se demande comment on va payer…” La fédération a déjà pris contact avec les autorités régionales “pour trouver une solution ensemble.

La nouvelle mesure, qui sera coulée dans un arrêté ministériel dans les jours qui viennent, oblige également les employeurs à fournir un masque chirurgical jetable par prestation. Pour Arnaud Legrelle, ce sera trop coûteux, et c’est en partie inadapté : "On fournit déjà des masques, mais ils ne sont pas toujours nécessaires si les mesures de distanciation sont respectées."

Le personnel des titres-services peut refuser de travailler

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