Coronavirus : comment la nature peut nous aider à affronter cette période

Coronavirus : comment la nature peut nous aider à affronter cette période difficile
01 févr. 2021 à 16:33 - mise à jour 01 févr. 2021 à 16:33Temps de lecture5 min
Par Daphné Van Ossel

En ces temps confinés, nous avons repris le chemin de la forêt, retrouvé la clé des champs. Les Fagnes débordent, la Forêt de Soignes est envahie. La balade est la nouvelle rengaine du week-end.

C’est peut-être tout ce qu’il nous reste à faire, mais ce n’est pas non plus un hasard. La nature nous fait du bien, c’est la science qui le dit. Le simple fait d’avoir une fenêtre avec vue sur la nature a un impact positif sur notre bien-être.

Moins d’analgésiques pour les patients qui ont vue sur la nature

Dans les années 80, déjà, une étude s’était concentrée sur des patients qui sortaient d’une opération chirurgicale. La moitié d’entre eux ont été placés dans une chambre avec vue sur un mur en briques, tandis que l’autre moitié des patients avaient une vue sur un environnement naturel. Ces derniers ont consommé moins d’analgésiques et sont sortis plus vite de l’hôpital que les autres.

Depuis, les études se sont multipliées, à travers différentes approches : la psychologie, les sciences cognitives, la médecine… Il est désormais clairement établi que le contact avec la nature diminue notre stress : il induit une baisse du rythme cardiaque, de la pression artérielle, et du taux de cortisol (la principale hormone du stress) dans la salive. Grâce à l’IRM, on observe une baisse de l’activité du cortex préfrontal, une zone cérébrale associée aux ruminations négatives. La simple contemplation d’une image de nature induit déjà des effets positifs.

La nature nous rend heureux

En restaurant les capacités d’attention, la nature favorise aussi la concentration, les capacités d’apprentissage, la créativité.Elle induit également un sentiment de bonheur, explique Eric Lambin, géographe à l’UCLouvain et à Stanford, spécialiste des interactions entre l’activité humaine et l’environnement naturel. Les études internationales sur le bonheur montrent que les gens sont plus heureux dans des pays comme le Costa Rica – qui a beaucoup investi dans les parcs naturels et la reforestation, dans des zones côtières – parce que le contact avec l’eau a aussi des effets importants, et dans des pays comme la Suisse – où il y a des grands lacs et des montagnes.


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Alix Cosquer, chercheuse en psychologie environnementale au CEFE (Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, à Montpellier), et auteure d’un “Que sais-je” à paraître sur la sylvothérapie, ajoute : “c’est en général moins noté mais il y a aussi des effets sociaux : le contact avec la nature favorise les interactions sociales, les individus vont parler plus et de manière moins conflictuelle.”

Payam Dadvand, chercheur à l’Institut pour la santé globale de Barcelone (ISGlobal), a aussi montré les bienfaits de la nature sur les enfants. Il a par exemple publié une étude qui montre que les enfants qui vivent dans un environnement plus vert ont une plus grande capacité d’attention. “Il y a par ailleurs aussi des études qui font le lien avec une baisse de mortalité, j’ai aussi montré les effets positifs sur la grossesse, ou sur le ralentissement du vieillissement… Donc il y a vraiment un large éventail de bénéfices à travers le cours de la vie.

Notre cerveau y est absorbé, mais sans trop d’effort

Mais comment expliquer que la nature nous veuille tellement de bien ? Une hypothèse est celle de la “fascination douce, détaille Eric Lambin. “La nature crée ce qu’on appelle une fascination douce, c’est-à-dire que notre cerveau y est absorbé (par les arbres, les paysages au détour d’un chemin sinueux, les chants d’oiseaux… ) mais sans que l’effort mental ne soit énorme. Elle occupe suffisamment notre cerveau mais pas assez que pour créer une fatigue mentale. Et dès lors, cela évite les ruminations et cela permet une restauration des mécanismes de l’attention.”

Autre hypothèse : celle de la biophilie. “Ça reste une hypothèse, c’est difficile à prouver, mais il y a l’idée que retourner vers la nature, c’est retourner chez soi, dans un milieu auquel nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont adaptés pour survivre, dans un milieu qui a finalement assuré leur survie.” Pour Eric Lambin, on pourrait lire le succès actuel des balades en pleine nature comme une sorte de réflexe archaïque qui nous fait nous rendre dans un milieu perçu comme non menaçant en période de crise. Alix Cosquer abonde, tout en nuançant : “notre relation à la nature se construit aussi socialement. L’image que l’on se fait de la nature est aussi importante. Les gens n’envisagent pas toujours la nature comme une source potentielle de bien-être, notamment parce qu’elle n’a pas fait partie de leur pratique dans leur enfance.

Prescrire le recours à la nature ?

Enfin, pour expliquer les bienfaits de la nature, il y a évidemment aussi, en creux, le fait que les milieux naturels présentent un environnement plus sain que les milieux urbains : moins de pollution, moins de bruit et donc, aussi, moins de sources de stress… Par ailleurs, les effets positifs observés peuvent aussi être indirects : Payam Dadvand explique par exemple que si la nature améliore le développement cérébral des enfants, c’est aussi parce qu’elle leur offre la possibilité de faire l’expérience de la découverte ou de la prise de risque.

Si la nature nous est tellement bénéfique, serait-il envisageable d’en prescrire la fréquentation ? Le concept de “prescription verte” existe déjà, mais que prescrire exactement ? “C’est très difficile de faire des sortes de guidelines, de conseils pratiques. On sait par exemple que pour les enfants qui ont un trouble de l’attention (TDAH), une demi-heure / une heure de marche dans la nature peut déjà réduire leurs symptômes et augmenter leur attention. Mais, plus globalement, cela va dépendre de l’âge de la personne, du but recherché, de la qualité de l’espace vert…

Alix Cosquer, la chercheuse en psychologie environnementale, donne quelques éléments complémentaires : “on sait que la récupération du stress est plus importante dans les forêts que dans les zones bâties, et qu’une plus grande diversité d’espèces favorise plus le bien-être.

5 heures par mois dans des espaces verts de proximité + des sorties en dehors de la ville.

Par ailleurs, elle note qu’une étude finlandaise montre que la concentration augmente à partir de 5 heures par mois de fréquentation d’espaces verts de proximité, couplées à 2 ou 3 balades par mois en dehors de la ville. Des chercheurs coréens ont, eux, montré qu’une marche de 4 minutes dans la forêt pouvait déjà avoir un effet relaxant, avec une diminution de la fréquence cardiaque.

Il n’y a donc pas de conseils concrets à donner, si ce n’est celui, de bon sens, de Payam Dadvand : “Plus vous allez dans la nature, mieux c’est. Et faites comme vous le sentez : sur un banc, en marchant ou à vélo, seul ou en groupe. Allez-y, c’est tout.”

Sortir de la vision utilitariste de la nature

Et la foule que l’on croise maintenant en Forêt de Soignes, dans les Fagnes ou ailleurs, risque-t-elle de ternir notre expérience de la nature ? Pour Payam Dadvand, ça dépendra probablement de la perception de chaque personne : est-elle contente de voir du monde en plein confinement, ou stressée parce que plein de gens ne portent pas de masque ? Pour Alix Cosquer, l’affluence ne risque pas, en soi, d’annuler les effets positifs, sauf si cela touche à la qualité de l’expérience : s’il y a beaucoup de bruit, si des déchets sont visibles…

Mais, de concert, les deux chercheurs appellent à sortir de la perception utilitariste de la nature qui est la nôtre, de notre perspective anthropocentrée. Et Payam Dadvand voit d’ailleurs une évolution, un changement de paradigme à l’œuvre dans le domaine de la santé publique : “Jusqu’à maintenant on sacrifiait tout pour notre santé. Par exemple, pour lutter contre la malaria, on balançait plein de pesticides partout. Maintenant, on parle de plus en plus de “santé planétaire." L’idée est qu’on ne peut pas avoir un être humain en bonne santé au sein d’un écosystème qui dysfonctionne, et qu’il faut donc soigner les deux. La pandémie que l’on connaît aujourd’hui en est la meilleure preuve.

 

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