Corée du Nord: les tirs de fusée, un jeu à haut risque

Un soldat nord-coréen devant la fusée Unha-3 au centre spatial Tangachai-ri, le 8 avril 2012
01 déc. 2012 à 09:39 - mise à jour 02 déc. 2012 à 10:33Temps de lecture2 min
Par AFP

Pyongyang a annoncé samedi son intention de mettre sur orbite entre le 10 et le 22 décembre un satellite d'observation terrestre après l'analyse des erreurs commises lors d'un précédent lancement en avril qui s'était soldé par un échec cuisant.

L'annonce du régime communiste, sous le coup de multiples sanctions internationales après deux essais nucléaires réalisés chacun en 2006 et 2009 dans la foulée d'un tir de fusée/missile, a provoqué une vive réaction de Washington, de Tokyo et de Séoul notamment.

Les Etats-Unis ont dénoncé une "grande provocation" et rappelé que "toute utilisation par la Corée du Nord de la technologie des missiles balistiques est une violation directe des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU".

Selon le professeur Yang Moo-Jin de l'université des études nord-coréennes à Séoul, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, qui a succédé à son père à la mort de ce dernier il y a près d'un an, joue un jeu à haut risque avec la communauté internationale.

Le tir d'un lanceur, surtout s'il était réussi, justifierait probablement un nouveau train de sanctions, que ce soit unilatéralement par quelques pays hostiles ou en concertation avec un ensemble de nations, par exemple réunis à l'ONU.

"Dans ce cas le Nord réagirait fortement, sans doute en augmentant son activité nucléaire et peut-être en effectuant un troisième essai nucléaire", prévient-il. "C'est ainsi qu'on entre dans un cercle vicieux et l'escalade des tensions".

Le Conseil de sécurité de l'ONU, puis Washington, ont lancé des avertissements sans frais à la Corée du Nord dont les préparatifs ont été détectés par des satellites d'observation.

"Consacrer des ressources rares au développement d'armes nucléaires et de missiles de longue portée ne pourra qu'isoler et appauvrir davantage la Corée du Nord", a mis en garde la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

Le Japon --qui n'entretient pas de relations diplomatiques avec Pyongyang-- a décidé d'ajourner ses pourparlers avec le Nord qui devaient avoir lieu début décembre à Pékin.

L'annonce de Pyongyang intervient à un moment de transition important pour les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du sud, quatre des six nations engagées dans des pourparlers sur le programme nucléaire nord-coréen. Ces discussions sont au point mort.

Le Japon organise des élections générales le 16 décembre et la Corée du Sud tient son élection présidentielle le 19.

La Chine, principal bailleur de fonds et soutien diplomatique de Pyongyang, vient de son côté de renouveler sa direction pour les dix années à venir, et le président américain Barack Obama s'apprête tout juste à entamer son second mandat.

La fenêtre de tir annoncée par Pyongyang coïncide par ailleurs avec le premier anniversaire de la mort de Kim Jong-Il, survenue le 17 décembre 2011. Son jeune fils, Kim Jong-Un, a besoin d'asseoir son autorité.

De ce fait Séoul a longtemps craint des provocations avant son scrutin présidentiel: le tir pourrait crisper une partie de l'électorat tentée de soutenir les "faucons" et profiter à la candidate du parti conservateur.

"Le tir décevrait encore plus de Sud-Coréens (...) ce qui profiterait à Park (Geun-Hye)", fille du dictateur Park Chung-Hee assassiné en 1979, estime ainsi Baek Seung-Joo de l'institut coréen des analyses de défense.


AFP

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