Un jour dans l'histoire

Comment la famille a-t-elle évolué depuis le Moyen Âge ?

Un jour dans l'histoire

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

14 juin 2022 à 09:57 - mise à jour 14 juin 2022 à 14:58Temps de lecture5 min
Par RTBF la Première

En 1831, Victor Hugo publie un recueil de poèmes, 'Les Feuilles d’automne', dont un, au moins, évoque les joies de la famille. La famille s’est-elle toujours rassemblée autour du nouveau-né, dans une telle harmonie ?
Et au fond : qu’est-ce que la famille ?

" Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux […] "

Quentin Bullens, docteur en sciences psychologiques à l’ULiège, évoque les grandes étapes de l’évolution de la famille depuis le Moyen Âge, entre mariage, séparation, famille monoparentale, homoparentale ou recomposée.

La famille au Moyen Âge

Il faut faire la distinction entre ménage et lignée. La famille - père, mère, enfant – est une vision très contemporaine.

Au Moyen Âge, au niveau juridique, les liens de sang formaient deux groupes distincts mais concentriques :

  • le lignage, qui étendait sa solidarité à tous les descendants d’un même ancêtre et donnait une stricte égalité entre tous les héritiers.
  • la mesnie, qui donnera le terme ménage, qui ne concernait pas tout un lignage et pouvait regrouper plusieurs ménages vivant sur un patrimoine restant indivisé.

D’un point de vue religieux, au Moyen Âge, l’Eglise est fortement dominante et tout ce qui ne lui est pas voué n’est pas bien vu. La vie de couple, la notion d’intimité des corps sont tolérées, sans plus. La nudité est réprimée. Elle renforce plutôt la notion de maternités spirituelles, transcendées.

La place de l’enfant au Moyen Âge

C’est seulement au Moyen Âge que l’on commence à compter les âges. Avant, on les comptait en paliers de développement.

La mortalité de l’enfant est importante : en moyenne, au 15e siècle, on a 6 ou 7 enfants par famille, mais seuls 2 subsistent à l’âge adulte. Quand il passe ce cap de mortalité, il est alors considéré comme un adulte et participe à la vie des adultes, aux jeux, à la sexualité, au coucher… L’Eglise reconnaît le mariage sans consentement familial entre 11 et 14 ans.

L’enfant ne va pas à l’école, il est en apprentissage auprès des adultes, de l’entourage, de la domesticité. On l’envoie parfois, dès 7 ans, vivre auprès d’un artisan, d’un chevalier…

L’école ne va pas s’imposer du jour au lendemain. L’élite craint qu’elle ne fasse disparaître la main d’oeuvre.

Ecole = naissance du sentiment de famille

L’école va se développer peu à peu, par la classe moyenne. Elle va ainsi en quelque sorte prolonger l’enfance, puisque l’enfant, en fréquentant l’école, plutôt que de vivre le soir chez un maître, revient à la maison.

On voit donc se développer au 15e siècle "une conception nouvelle de la famille fondée sur l’affection et le dévouement réciproque favorable à l’expression des sentiments."

On peut dire que l’école rapproche les enfants et les parents, si bien qu’à la fin du 17e siècle, on verra apparaître la définition de la famille père-mère-enfants qu’on connaît maintenant.

La maison et la vie privée

Au Moyen Âge, une grande maison est un lieu de rassemblement de la société autour d’une activité professionnelle. Elle peut réunir de 20 à 30 personnes permanentes, sans compter les visiteurs. Il n’y a pas d’espace distinct pour manger, pour dormir, pour travailler.

A partir du 18e siècle, on assiste à la spécialisation des pièces de l’habitat, avec des couloirs, des chambres qui permettent une intimité. La famille va dresser des frontières entre elle et la société, qui n’a plus ce rôle d’apprentissage, puis entre elle et ses domestiques, dans un souci de protéger l’enfant innocent de leurs mauvaises manières, puis enfin entre ses différents membres.

Du mariage au divorce

L’Eglise s’invite dès le 12e siècle dans le mariage, en en faisant un sacrement et en amenant la notion de la stabilitas, l’indissolubilité du mariage. Mais elle n’apprécie pas spécialement le mariage qui invite au péché de la chair.

Avec la révolution française, le pouvoir de l’Eglise diminue, au profit de celui de la famille, en particulier du chef de famille. On met davantage de droits dans les mains du père pour que la famille soit la garante du maintien de l’Etat.

Le mariage est sécularisé en 1791. En 1792, un officier d’état civil est imposé.

Cette même loi de 1792 réintroduit le divorce, qui n’était pas prévu par le droit canon. Elle est très libérale, prévoit 7 causes de divorce immédiat et permet le divorce pour incompatibilité d’humeur. On enregistre alors un pic de divorces, surtout à la demande des femmes.

En 1804, Napoléon réaffirme la puissance paternelle et l’assujettissement des épouses.

A la Restauration, en 1816, on réinterdit le divorce, "cette démocratie domestique qui permet à la partie faible, l’épouse, de s’élever contre l’autorité maritale. Pour retirer l’Etat des mains du peuple, il faut retirer la famille des mains des femmes et des enfants."

Il y a bien sûr des différences entre les classes. Le contrat de mariage est une caractéristique de la bourgeoisie, chez les pauvres, il s’agit plutôt d’une communauté légale que le mari administre.

Dans les classes populaires, bien souvent, la femme du 19e siècle travaille et résiste mieux au pouvoir de l’homme, même si généralement, elle lui remet son salaire.

Pixabay

Mariages malheureux au 19e siècle

Les mariages malheureux mènent à l’enfermement de beaucoup de femmes dites folles, puisque le divorce est interdit. Dans les milieux bourgeois, cette pratique permet de défendre l’honneur en cas d’adultère. On y assiste aussi à un pic d’empoisonnement commis par des femmes pour se débarrasser de leur mari.

Dans les milieux populaires, ce n’est pas tant l’adultère qui est condamné que la mauvaise ménagère ou la dépensière, on constate même une certaine clémence de la justice par rapport à la femme adultère.

Le 19e siècle transfère à la famille les pouvoirs déchus de l’Etat, qui doit tenter d’être la garante de l’Etat. Mais très vite cela va s’effriter, en particulier avec la Révolution industrielle.

Si le Roi était l’ennemi du 18e, le père et chef de famille est l’ennemi du 19e.

L’évolution de la famille au cours du 20e siècle

Avec le développement de l’école, l’allègement des tâches ménagères, l’organisation de la famille change, le travail et la maison ne se confondent plus de la même manière, et l’autorité familiale va s’exercer un peu dans le vide.

Les unions deviennent plus longues, parce que les gens vivent de plus en plus longtemps, mais surtout parce que le mariage de raison devient mariage d’amour. La bascule se fait dans les années 30, où l’on observe qu’une plus grande proportion d’étudiants sont mariés, ce n’est donc pas leur situation sociale qui a permis ce mariage. On voit aussi que peu à peu, ce qui légitime la relation sexuelle, c’est davantage l’amour que le mariage. Les guerres jouent un rôle non négligeable dans cette envie de faire passer le mariage d’amour avant tout.

La contraception féminine par voie orale est autorisée aux Etats-Unis dès 1960. Dans la formation des familles, elle induit des changements importants. On oublie la crainte de faire 'l’enfant de trop'. Par ailleurs, les couples n’ont plus peur de vivre ensemble avant le mariage. Et puisqu’il devient une simple formalité, on voit arriver un mouvement de non-mariage qu’on appelle aussi la cohabitation juvénile.

On constate au fil du 20e siècle une explosion des familles monoparentales, ainsi que des familles recomposées et homoparentales.

L'Eglise en décalage

L’Eglise ne suit pas du tout ces évolutions, que ce soit la fin de la suprématie maritale de l’époux, le divorce plus égalitaire, le pantalon pour les femmes, ou le travail des femmes.

Elle va rester sur ses positions face à l’importante montée de la place de la femme dans la société. En nombre et en foi, la religion va chuter.

Sur le même sujet

Le lait : entre remède miracle et empoisonneur d’enfants

Un jour dans l'histoire

Les écrits-paysans, témoignages de la vie agricole au fil des siècles

Un jour dans l'histoire

Articles recommandés pour vous