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" Comme un secret inavoué ", de Jean Louvet : brève rencontre, chaleur glaciale, bonheur théâtral.

"Comme un secret inavoué", Jean Louvet.
22 nov. 2013 à 18:00 - mise à jour 22 nov. 2013 à 18:06Temps de lecture2 min
Par Christian Jade

Critique : ****

Dans une file, à la poste, un homme pose un geste de solidarité : aider quelqu’un qu’il voit de dos à prendre un ticket, en lui touchant la main. Or cette personne est une femme qui " attrape " ce geste anodin et le transforme en une brève rencontre dans une chambre d’hôtel. C’est un peu la situation de la Liaison pornographique de Philippe Blasband, sauf que rien de sexuel ne se produira dans la chambre d’hôtel. Et pour rendre moins réaliste, plus " imaginaire " et symbolique cette rencontre de deux solitudes plus que de deux passions, Frédéric Dussenne a très habilement créé, avec le scénographe Vincent Bresmal, un lieu glacial, comme un chantier bâché de quatre murs de plastique transparent. L’espace est picoré de parpaings de hauteurs différentes sur lesquels le public s’installe, partageant, pour cinquante minutes intenses, l’inconfort mental qui meut un homme et une femme. Une incarnation magistrale de Véronique Dumont, insinuante, retorse, menant la danse et de Fabrice Rodriguez, plus victime que séducteur, plus manipulé que manipulateur. Comme si sa main, en un seul contact, avait dégoupillé une multitude d’interrogations sur le couple, ses ambigüités, la difficulté de l’homme et de la femme à être ensemble, à être au monde comme couple (plus potentiel que réel) ou comme simples êtres humains. Le " secret inavoué " ne sera jamais très clair. Comme si le texte de Louvet- dire moins pour suggérer plus (parfois à la Duras !) - et la mise en scène de Dussenne, elliptique, renvoyaient la solution des questions, murmurées ou gonflées de colère, à chaque spectateur. Un spectateur cerné ou " pénétré " par les échanges agressifs ou feutrés de ces deux superbes acteurs, parfois immobiles, parfois disséminés aux quatre coins de la salle. Nos sièges, ces parpaings de béton, dont des couvertures amortissent la dureté, nous donnent la liberté de virer à 360° pour voir les deux acteurs dans tous les recoins du " chantier " ou d’entendre leur parole, sans les voir, pour mieux les intérioriser.

Au total un spectacle court, subtil, musical : un " plan rapproché " continuel, entre public et acteurs, dans ce " désert de l’amour ", à la Mauriac, où la recherche d’un sens à la vie ici-bas laisse planer une profonde mélancolie. Et un grand bonheur théâtral.

Comme un secret inavoué, de Jean Louvet, m.e.s F.Dussenne, au Rideau de Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 23 novembre.

http://www.rideaudebruxelles.be

Le texte est publié aux éditions Lansman.

Christian Jade (RTBF.be) ;

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