Chronique JM Wynants

20 avr. 2012 à 12:51Temps de lecture2 min
Par

 

 

Pierre Droulers  E 26 & VE 27.04 De l'air et du vent

Créé en 1996, De l’air et du vent est l’une des pièces maîtresses de Pierre Droulers. Dans cette œuvre profondément plastique et d’une physicalité jubilatoire, le chorégraphe saisit l’insaisissable, et rend visible l’invisible. Le mouvement et le son, la lumière et la scénographie – quelques rares objets ou matières flottant sur le plateau – y acquièrent une densité singulière. Construite sur la singularité et l'engagement de cinq magnifiques interprètes, De l’air et du vent conjugue la matérialité des choses et la poésie de l'air. Quatorze ans plus tard, Pierre Droulers réactive la pièce, et il perçoit cette entreprise comme un authentique acte de génération artistique, qui soulève des questions très actuelles sur les notions de créativité, de transmission, de collectivité. En collaboration avec Charleroi/Danses.

Drumming (1998) est l’un des spectacles les plus fascinants d’Anne Teresa De Keersmaeker, un coup d'éclat chorégraphique à partir de la puissante partition pour percussions de Steve Reich. De Keersmaeker y confirme sa relation privilégiée avec le célèbre minimaliste new-yorkais, dont la musique était déjà le fil conducteur de son premier spectacle Fase (1982).

Reich a écrit Drumming en 1970-1971, peu de temps après un voyage d'étude ethnomusicologique au Ghana. L'oeuvre est destinée à neuf percussionnistes et quelques voix. La partition manipule un seul motif rythmique obsédant, qui se multiplie et se déploie en une riche variété de textures, à travers quatre mouvements contrastés où interviennent les peaux, les bois, les métaux et de subtiles ombres chantées. Reich y pousse à bout les techniques de " processus graduels " déjà explorées dans Piano Phase (la musique de Fase) : les musiciens décalent leurs unissons par d'insensibles accélérations, produisant de la sorte une infinité de canons miroitants. Ictus donne vie à cette partition ensorcelante avec une précision stupéfiante.

Dans sa chorégraphie, Anne Teresa De Keersmaeker surenchérit sur la partition en respectant son esprit : toute la chorégraphie de Drumming procède d'une unique phrase dansée dont les répétitions, inversions, transformations, changements de vitesse et d'échelle se combinent en un complexe mouvement perpétuel, une étourdissante apologie de la spirale. Sur le sol, les danseurs ont dessiné un tracé géométrique complexe sur lequel ils évoluent avec une puissance et une vitesse d'une intensité toujours croissante. Ce n’est qu'après que les percussions se sont tues et que les corps se sont immobilisés que le spectateur réalise ce qu’il vient de vivre : un voyage étourdissant, une vague de sons et de danse à l’état pur, un tourbillon d’énergie de vie.

 

 

Articles recommandés pour vous