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Carnet de Russe: Vol 1166 pour Rostov

Carnet de Russe: Vol 1166 pour Rostov
01 juil. 2018 à 12:46 - mise à jour 01 juil. 2018 à 12:46Temps de lecture3 min
Par Manuel Jous

Je le disais dans un précédent "carnet de russe", l’entrée dans la phase d’élimination directe coïncide avec la sortie de route bitumée du 1er tour, tracée avec minutie depuis le tirage au sort du mois de décembre.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour en avoir l’illustration. L’arrivée à Rostov-sur-le-Don, un petit millier de kilomètres au sud de Moscou, à un jet de pierre de la frontière ukrainienne et de la Mer d’Azov fut, en effet, plutôt rocambolesque.

Pour compresser les frais et faciliter l’organisation, la presse belge a pris l’habitude, sur les grands tournois, de voyager ensemble.

Comme c’était déjà le cas au Brésil il y a 4 ans, un charter a été spécifiquement affrété pour les rencontres du 1er tour. Avantage principal : la flexibilité des horaires. Notamment, pouvoir revenir sur Moscou en pleine nuit, juste après les rencontres disputées dans d’autres villes-hôtes. Se calquer sur le plan de vol des Diables, en quelque sorte, et ainsi pouvoir être opérationnel dès le "lendemain" matin pour l’entraînement et les conférences de presse. Mauvais calcul en l’occurrence, car ce qui était vrai avec Wilmots ne l’est pas avec Martinez. Le Catalan préfère décaler ses entraînements de lendemain de match à l’après-midi. Bref. Au moins, maintenant on sait.

Allez savoir pourquoi, c’est toujours une fois le 1er tour passé que la "formule charter" commence à connaître ses ratés. Au Brésil, après l’élimination en ¼ des œuvres de l’Argentine, il avait fallu organiser dans l’urgence, et la panique la plus totale, le retour de Brasilia vers Sao Paulo. Avec la deadline imposée du lendemain midi, sans quoi, c’est tout le retour en Belgique (dans l’avion des Diables) qui s’en trouvait compromis.

La plupart avait trouvé place dans des avions de ligne. Seuls quelques malheureux confrères avaient été contraints au bus de nuit, sinistre road trip passé à la postérité, car le pare-brise de leur véhicule avait été caillassé en pleine nuit, depuis un pont d’autoroute, par des bandits de grand chemin oeuvrant toujours selon le même mode opératoire : bombardement en règle depuis un pont, attente de l’arrêt du véhicule quelques hectomètres plus loin, puis comparses qui débarquent du pont suivant, à pied sur l’autoroute, pour un pillage en règle…

Fort heureusement, le chauffeur local connaissait bien les habitudes délinquantes du tronçon Brasilia-Sao Paulo et, malgré une vitre aux éclats dépassant allègrement un seau de pièces de 2 reals, avait accéléré au lieu de ralentir, et finalement ramené tout le monde à bon port !

Pas (encore) de problème de cet ordre, ici. Mais une joyeuse pagaille tout de même. La traduction au sens propre du "coup de pied dans la fourmilière", avec toute la corporation dans le rôle des fourmis. Raison officielle : le pilote du charter est "malade" (wtf ?). L’avion est donc cloué au sol.

Compagnie officielle (Aeroflot) ou low costs (Azimuth, S7, Nord Wind,…). Il faut se rabattre sur une solution d’urgence. Tout est bon pourvu que chacun arrive à destination. Vol de jour, de nuit. Hier, aujourd’hui. Il y en a pour tous les goûts.

Vincent Langendries, notre cadreur Michali Georgiadis, l’équipe de la VRT et moi-même n’avons pas été les plus mal lotis, loin de là. Upgrade en business class, nappe et couvert en argent, Bloody Mary dégusté le petit doigt levé, à 30.000 pieds d’altitude, sous le regard vide d’une cougar russe aux lèvres refaites. Pas franchement le goulag, malgré un check in d’hôtel effectué à 2 plombes du mat’, derrière un groupe de Japonais, à qui j’ai suggéré de ne pas oublier de confirmer le vol retour pour Tokyo demain soir. On n’est jamais trop prudent.

D’autres ont eu moins de chance.

Ainsi, des confrères pourtant partis de Moscou 5 heures avant nous, sont arrivés à Rostov…3h après. La raison : de violents orages ayant contrarié l’atterrissage et forcé l’appareil à se dérouter vers… Krasnodar, un peu plus au sud, sur la route de Sotchi.

Pire encore, d’autres confrères qui, pour des raisons financières, avaient choisi de privilégier le train à l’avion, ont passé 5 heures…en prison ! La raison : un crochet impromptu par la Biélorussie, et un visa forcément non-anticipé sur le passeport. Ces mêmes confrères qui, via des chemins de traverse, venaient enfin de rentrer de…Kaliningrad quelques heures plus tôt !

Par rapport à ces mésaventures-là, le simple fait de ne pas encore savoir si un avion pourra nous ramener de Rostov à Moscou après le match, ne paraît vraiment que futile cahot.

Carnet de Russe: Vol 1166 pour Rostov
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