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Burundi: élections législatives sous haute tension en pleine contestation contre Nkurunziza

Elections au Burundi: nouvelle explosion de grenade à Bujumbura
29 juin 2015 à 04:22 - mise à jour 29 juin 2015 à 19:53Temps de lecture3 min
Par RTBF avec Belga

Malgré une large réprobation internationale et le boycott de l'opposition dénonçant une "parodie d'élections", le pouvoir burundais a organisé lundi des scrutins législatifs et communaux sous haute tension, se flattant d'une mobilisation "massive" pourtant peu visible dans la capitale.

"Pour nous, il n'y a pas d'élections aujourd'hui", résumait dans la journée Pacifique Nininahazwe, un des leaders, pour la société civile, de la contestation lancée contre le troisième mandat que le président Pierre Nkurunziza entend briguer à la présidentielle prévue le 15 juillet.

L'annonce fin avril de cette candidature, que l'opposition et la société civile jugent anticonstitutionnelle, a plongé le petit pays d'Afrique des Grands Lacs dans une grave crise politique: au moins 70 personnes sont mortes et plus de 120.000 ont fui dans les pays voisins.

Victoire annoncée du parti au pouvoir 

En fin de journée, à l'heure où les derniers bureaux de vote fermaient et commençaient à dépouiller, la commission électorale (Céni) s'est dit incapable de donner une estimation de la participation, sans doute pas disponible avant mardi, et a annoncé que les résultats seraient connus d'ici trois quatre jours.

Mais la victoire annoncée du parti au pouvoir CNDD-FDD ne sera ni reconnue par l'opposition burundaise, ni par la communauté internationale, qui a dénoncé le climat pré-électoral délétère et demandé un report des élections, y compris de la présidentielle.

Charles Nditije, l'un des leaders de l'opposition politique, a fustigé "une parodie d'élections, un scrutin inique sans aucune crédibilité". Il a dénoncé des fraudes massives, affirmant que des électeurs avaient pu voter sans carte d'identité, et que "dans la plupart des bureaux, il n'y a pas eu d'observateurs électoraux".

"Ces élections ne sont ni crédibles ni de nature à résoudre la crise" selon Reynders

L'Union européenne et la Belgique, ex-puissance colonisatrice et partenaire-clé du pays, ont déploré la tenue de ces élections, estimant qu'elles étaient susceptibles d'envenimer la crise.

Ces élections législatives et communales "ne sont ni crédibles ni de nature à résoudre la crise" que traverse le pays, a tranché le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Fait rarissime, l'Union africaine (UA) a renoncé à déployer ses observateurs dans les bureaux de vote. L'ONU, elle, a accepté d'observer les élections de lundi, soulignant toutefois que cela ne cautionnait en rien le processus.

Fidèle à sa ligne de conduite ces derniers jours, le pouvoir est resté sourd aux pressions.

Le principal conseiller en communication de Pierre Nkurunziza, par ailleurs chef de campagne du parti au pouvoir CNDD-FDD, Willy Nyamitwe, s'est dit "très satisfait". "On a vu que le peuple a répondu massivement et très tôt aux élections, il a soif de s'exprimer", a-t-il assuré.

Mobilisation mitigée

Quelque 3,8 millions d'électeurs avaient été appelés à élire 100 députés, auxquels s'ajouteront trois députés de l'ethnie twa, ultra-minoritaire, et d'autres candidats cooptés sur les listes si les quotas prévus par la Constitution à l'Assemblée nationale - 60% de Hutu (85% de la population), 40% de Tutsi (15% de la population) et 30% de femmes - ne sont pas assurés.

En début d'après-midi, la participation tournait entre 5 et 10% dans des centres de vote de quartiers de Bujumbura anti-Nkurunziza, mais était bien plus élevée dans celui de Kamenge (40%), fief présidentiel.

Insécurité, manifestants barrant la route aux électeurs ou respect du boycott, les raisons étaient multiples de cette mobilisation mitigée. A Bujumbura, plusieurs quartiers contestataires ont de nouveau été le théâtre de tirs nourris et d'explosions de grenades dans la nuit de dimanche à lundi.

"Les manifestants ont fermé les routes pour nous bloquer, mais nous sommes allés chercher des policiers pour nous accompagner", a raconté Annick Niyonkuru, une électrice dans le quartier de Musaga, un fief de la contestation.

En province, où s'est rendu un journaliste de l'AFP, le centre de vote de la commune de Bururi (sud), résolument anti-Nkurunziza, affichait une participation d'environ 10% à la mi-journée.

Mais dans la province de Gitega, où le CNDD-FDD contrôle en grande partie les zones rurales, la mobilisation atteignait en début d'après-midi 70% dans les bureaux de vote de la commune de Karemba.

Risque de violences lors de l'annonce des résultats

Face aux pressions de la communauté internationale, qui craint que le Burundi, à l'histoire post-coloniale marquée par les massacres interethniques et une longue guerre civile (1993-2006), ne replonge dans des violences à grande échelle, les autorités avaient légèrement reporté à deux reprises les législatives et communales.

Malgré l'insécurité persistante et le boycott de l'opposition, le pouvoir -qui a mis en échec une tentative de putsch à la mi-mai- a refusé un nouveau glissement électoral. Il a argué d'un risque de vide institutionnel, le mandat de Pierre Nkurunziza s'achevant le 26 août.

Burundi : ouverture des bureaux de vote

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