Brexit: quel impact pour Gibraltar?

Gibraltar : les conséquences du Brexit

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29 juin 2019 à 16:00Temps de lecture3 min
Par Pascal Bustamante

Quand on parle du Brexit et de ses conséquences, on pense, bien entendu, aux régions du littoral, aux ports dans lesquels transitent les biens en provenance de ou en partance pour la Grande Bretagne. On pense également aux régions limitrophes et à leurs frontières. Comme l’Irlande qui va voir surgir une frontière extérieure de l’Union Européenne là où celle qui la sépare de la province britannique d’Irlande du Nord avait tendance à s’effacer peu à peu. Mais il y a aussi une autre région dont la frontière partage ce privilège peu enviable. Il s’agit de Gibraltar, territoire britannique et de sa frontière avec l’Espagne.

Déjà 300 ans

Gibraltar est donc un confetti appartenant au Royaume Uni perché à l’extrême sud de la péninsule ibérique. Un confetti de 6.8 km2 qui partage une frontière de 1200 mètres avec l’Espagne. De ce rocher transformé en forteresse par les britanniques, on peut contrôler tout le passage maritime entre la mer méditerranée et l’océan atlantique. Un lieu hautement stratégique.

Il a été conquis en 1704 par la marine britannique. Et en 1713, lors de la signature du traité d’Utrecht qui mettait fin à la guerre de succession du trône d’Espagne, elle a été cédée par ce dernier au trône d’Angleterre. Une cession absolue et perpétuelle.

En 1969, après une manifestation d’autodétermination des Gibraltarien, le dictateur espagnol, Franco, a brutalement fermé la frontière. Des familles ont été séparées, l’approvisionnement en eau et en électricité ont été coupés. Le blocus a été organisé. La frontière ne s’est rouverte qu’en 1982. Au moment où l’Espagne souhaitait entrer dans la Communauté Européenne. Une condition en fait à son adhésion.

Une situation à part

Mais ce petit bout de terre a réussi à bénéficier d’une large autonomie fiscale, malgré son appartenance à l’Union Européenne. Elle ne fait pas partie des signataires du traité de Schengen ni de ceux qui ont ratifié l’accord douanier. Résultat, c’est un endroit particulièrement apprécié des entreprises internationales. Le Peñon comme il est aussi appelé affiche une santé économique insolente. En tout et pour tout, 33 chômeurs sur une population de 33.000 personnes. Une croissance à faire pâlir d’envie tous les voisins européens et un PNB par tête de 43.000 dollars à la 16ème place mondiale. Grâce à ses conditions fiscales attractives, Gibraltar compte pas moins de 18.000 entreprises sur son territoire.

Une culture à part

La situation particulière de la presqu’île et le grand trafic maritime ont façonné une culture particulière. Les origines des Gibraltariens se diversifient sur le pourtour de la Méditerranée. Espagnols, bien sûr mais aussi Britanniques, Maltais, Italiens, Portugais, ce sont les ancêtres des habitants actuels. Une importante communauté juive vit aussi à Gibraltar, le statut de l’île a permis leur réimplantation.

Tous les Gibraltariens sont bilingues espagnol/anglais. Ils mêlent d’ailleurs les deux langues avec plaisir. L’espagnol est souvent utilisé pour le domaine privé et familial, l’anglais souvent plus pour la politique et les affaires ou encore pour les contacts avec les nombreux étrangers.

Brexit

Lors du referendum sur le Brexit, les Gibraltariens se sont prononcés à 96% pour le maintien du Royaume Uni dans l’Union Européenne. En ce qui concerne la presqu’île, le fait que son activité économique est singulièrement tournée vers la Grande Bretagne, la crainte de perte de revenu suite au Brexit est limitée. En revanche, le statut de la frontière risque de la couper des 16.000 travailleurs étrangers, espagnols et européens pour la plupart qui vivent en Espagne et travaillent à Gibraltar.

La Linea de la Concepcion

De l’autre côté de la frontière, La Linea de la Concepcion. Une petite ville qui cumule les difficultés. C’est la ville d’Espagne qui compte le taux de chômage le plus élevé et le revenu moyen le plus modeste. Tous les jours, plus de 10.000 Linéens vont travailler à Gibraltar. Le maire, Juan Franco, envisage le Brexit et ses conséquences encore inconnues avec circonspection, voire inquiétude

"S’il fallait seulement 5 secondes pour contrôler un passeport et s'il y a 10.000 personnes qui doivent passer. Cela veut dire qu'il faudrait 14 heures pour passer le contrôle pour les 10.000 personnes. Un problème énorme. De l'autre côté, un autre problème serait que des entreprises qui sont à Gibraltar la quittent pour d'autres territoires. Par exemple pour Malte ou pour la Lituanie".

Juan Franco, maire de la Linea de la Concepcion

 

En résumé, le Brexit, avec toutes ses incertitudes, se trouve aux portes de cette communauté divisée par l’histoire. Arrimée à l’économie britannique et habituée aux difficultés avec son grand voisin, Gibraltar s’en sortira. Le risque est plus élevé pour les travailleurs espagnols.