L'odyssée

Biographie musicale de Dmitri Chostakovitch : Chostakovitch & Cie

Dmitri Chostakovitch en train de composer
24 févr. 2022 à 06:45 - mise à jour 09 août 2022 à 08:38Temps de lecture4 min
Par Anne Hermant

Il y a 47 ans disparaissait le compositeur russe Dmitri Chostakovitch. Nous vous proposons de redécouvrir la biographie musicale en deux parties, concoctée par Anne Hermant, qui fait la part belle aux amis et à l’entourage musical du compositeur.

Pour nous mettre en bouche, la thématique commence par une courte pièce originale pour orchestre d’harmonie, un manuscrit retrouvé après la mort du compositeur. Le jeune Chostakovitch de 22 ans réalise ici une transcription pleine de verve et d’humour d’une Sonate pour clavecin de Scarlatti.

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Chostakovitch naît le 25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg, dans ce qui était encore à l’époque l’Empire russe. A l’âge de 16 ans, il intègre le Conservatoire de sa ville natale, dans les classes de piano et d’écriture. Ses professeurs de composition sont Nicolaï Sokolov et Maximilian Steinberg.

D’une carrière de concertiste à celle de compositeur

Bien que suivant assidûment les cours de composition, Chostakovitch se destine alors à une carrière de concertiste. En 1927 – il a 18 ans – il fait partie du groupe de jeunes pianistes soviétiques sélectionnés pour participer à la première édition du Concours Chopin à Varsovie. Le programme du concours est entièrement consacré au compositeur polonais : Concertos, Polonaises, Mazurkas, Nocturnes, Ballades, et deux Etudes au choix.

Le résultat du concours est décevant pour notre jeune pianiste : il doit se contenter d’un diplôme d’honneur, sorte de lot de consolation. Qu’à cela ne tienne ! Il se consacrera à la composition. L’année précédente, il a d’ailleurs composé sa première symphonie, qui lui a valu les félicitations d‘Alban Berg.

A l’opéra et au théâtre

A l’été 1927, il s’attaque à son premier opéra, Le Nez, qui sera un grand succès populaire. Les sept années suivantes seront très fécondes, dans des domaines variés : symphonies, musiques de film, ballets, pièces pour piano… La Sonate pour violoncelle et piano et le Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes datent de cette période. En 1934, son deuxième opéra, Lady Macbeth de Mtsensk, est créé à Leningrad et remporte un immense succès.

La musique de scène pour La Comédie humaine d’après Honoré de Balzac date de la même époque, et pourtant on a vraiment du mal à croire qu’il s’agit du même compositeur.

Chostakovitch, "ennemi du peuple"

C’est en 1936 que les choses se gâtent pour Chostakovitch. Le succès de Lady Macbeth de Mtsensk éveille la curiosité du Kremlin et une représentation spéciale est organisée pour le camarade Staline… qui n’apprécie pas du tout ! Le lendemain, un article de la Pravda, intitulé "Le chaos remplace la musique", fait basculer la vie du compositeur. La presse éreinte littéralement Chostakovitch qui est accusé d’avoir composé une musique confuse et chaotique, inaccessible au grand public, en contradiction avec l’idéal du réalisme socialiste.

Quelques jours plus tard, il fait l’objet d’une condamnation officielle de la part de la section de Léningrad de l’Union des compositeurs soviétiques : il devient officiellement un "ennemi du peuple", accusation qui, bien souvent, précédait une déportationSeuls quelques rares musiciens prennent sa défense : Vissarion Chebaline, Dmitri Kabalevski, et Serge Prokofiev.

Dans l’attente du pire, vivant constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, Chostakovitch plonge dans une profonde angoisse qui le tourmentera toute sa vie. Obligé de faire des concessions, il donne à sa musique des accents plus traditionnels et adopte un langage plus conventionnel.

C’est sa Symphonie n° 5, composée à l’occasion du 20e anniversaire de la Révolution de 1917, qui lui permettra de rentrer dans les bonnes grâces du régime. Dans un article de presse, il va même jusqu’à expliquer que cette symphonie est "la réponse concrète et créative d’un artiste soviétique à une critique justifiée".

Retour en grâce

Ce retour en grâce lui permet d’obtenir un poste de professeur de composition au Conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg (à l’époque Léningrad). Il est connu pour être un professeur sérieux et très impliqué avec ses étudiants. Ses deux élèves les plus prometteurs sont Benjamin Fleischmann – malheureusement disparu très jeune durant le siège de Leningrad ­­ – et Iouri Levitine, mort à Moscou en 1993.

Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) Deux pièces pour orchestre d'harmonie, d'après deux sonates pour clavier de Scarlatti : 2. Capriccio (d'après la Sonate L. 375)
Orchestre Symphonique d'Etat de l'URSS - Guennadi Rojdestvenski, direction

Maximilian STEINBERG (1883-1946) Variations pour orchestre Op. 2 : Thème et Variations 1 à 6
Göteborg Symphony Orchestra - Neeme Järvi, direction

Frédéric CHOPIN (1810-1849) Deux études : Op. 10 n° 4 en do dièse mineur – Op. 25 n° 9 en sol bémol Majeur
Louis Lortie, piano

Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) – Lady Macbeth de Mtsensk - Acte I (extrait) : Gribki segodnya budut ?
Aage Haugland, basse - Maria Ewing, soprano - Orchestre de l’Opéra Bastille -Myung-Whun Chung, direction

Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) – La Comédie Humaine. Musique de scène : Quai de Seine - Marche
Orchestre de Chambre de Saint-Pétersbourg - Edward Serov, direction

Serge PROKOFIEV (1891-1953) – Concerto pour violon et orchestre n° 2 en sol mineur Op.63 : II. Andante assai
Frank Peter Zimmermann, violon - The Philharmonia - Mariss Jansons, direction

Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) – Symphonie n° 5 en ré mineur, Op. 47 :  II. Allegretto
Royal Liverpool Philharmonic Orchestra - Vasily Petrenko, direction

Iouri LEVITINE (1912-1993) Concertino pour violoncelle et orchestre : 3. Moderato
Mark Drobinsky, violoncelle - Orchestre symphonique de Russie pour l'art cinématographique - Walter Mnatzakanov, direction

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