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Belliraj pourrait être gracié le 18 novembre par le roi du Maroc

Belliraj lors de son arrestation au Maroc en 2008.
13 nov. 2015 à 20:20 - mise à jour 13 nov. 2015 à 20:20Temps de lecture3 min
Par Karim Fadoul

Selon plusieurs articles de presse au Maroc et sa propre épouse Rachida, Abdelkader Belliraj pourrait bénéficier d'une grâce royale le 18 novembre prochain. Cette date marque la Fête de l'Indépendance dans le royaume chérifien, l'occasion pour le souverain Mohamed VI de gracier plusieurs détenus. Abdelkader Belliraj dont le nom est apparu dans le dossier de l'assassinat du professeur Wybran à Bruxelles en 1989 pourrait faire partie de la liste des élus.

"Nous avons reçu des signes positifs d’une éventuelle grâce royale pour les autres détenus salafistes, et Belliraj pourrait en faire partie", a ainsi confié au journal en ligne "Desk" le cheikh Abdelkrim Chadli, coordinateur national du Mouvement démocratique et social (MDS), proche de Belliraj, condamné et détenu au Maroc pour appartenance à un groupe terroriste. Un groupe dont certains membres présumés ont été graciés en 2011 et le 6 novembre dernier, à la faveur des 40 ans de la Marche verte.

"M. Belliraj n'a pas fait partie de ce dernier train. Ce qui laisse à penser qu'une bonne nouvelle est attendue pour mercredi prochain car cela fait plusieurs années que nous demandons la grâce royale", explique Maître Vincent Lurquin, avocat d'Abdelkader Belliraj en Belgique. L'avocat envisage d'ailleurs de rencontrer son client prochainement.

Six assassinats fin des années 80

Abdelkader Belliraj, Belgo-Marocain aujourd'hui âgé de 58 ans, pourrait donc recouvrer la liberté huit ans après le début de son incarcération. En 2008, il est donc arrêté en tant que tête pensante d'un groupe terroriste projetant des attaques au Maroc. Déjà connu pour son passé de braqueur, d'indicateur de la police, d'agent de renseignements pour plusieurs services secrets, il doit aussi faire face à des accusations plus lointaines dans le temps. On lui impute l'assassinat de six personnalités en Belgique dont ceux de l'imam Al-Ahdal du Centre islamique du Cinquantenaire et de son bibliothécaire en mars 1989 et surtout celui du président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) de l'époque, Joseph Wybran, sur le parking de l'hôpital Erasme en octobre de la même année. Belliraj a avoué ces crimes lors de son arrestation au Maroc en 2008. Mais il s'agissait, selon ses avocats, d'aveux obtenus sous la torture.

Pourtant, à Bruxelles, la famille de Joseph Wybran souhaite que Belliraj soit traduit devant la justice belge cette fois, après une première condamnation au Maroc. Le mois dernier, la Chambre des mises en accusation a décidé de ne pas suivre les réquisitions du parquet fédéral qui réclamait un non-lieu dans ce dossier. Conséquence? Début décembre, l'avocate de la famille Wybran, Martine Hirsch, pourra demander des devoirs d'enquête complémentaires.

Un déni de justice pour l'avocate de la famille Wybran

Mais la perspective de la grâce royale semble aujourd'hui bouleverser la donne. "Si grâce il y a le 18 novembre, ce n'est pas cela qui me surprendra", réagit Maître Hirsch. "C'est le fait que M. Belliraj pourra venir en Belgique en toute impunité, sans qu'il ne soit jugé, puisque le parquet fédéral estime qu'il n'est pas impliqué dans ces six assassinats commis fin des années 80. Alors que M. Belliraj a reconnu les avoir commis lors de son arrestation au Maroc, qu'il a été jugé et condamné au Maroc pour cela. Plus étonnant: c'est quand même la Belgique qui a transmis les éléments du dossier aux autorités judiciaires marocaines. Le parquet fédéral est donc dans un déni de réalité qui a pour conséquence un déni de justice. Pourquoi ne poursuit-on par Belliraj? Il faut se poser la question. Pourquoi est-il protégé? Parce qu'il a été informateur de la Sûreté de l'Etat?"

Maître Lurquin a, lui, une autre lecture de ce dossier aux 48 cartons. "Il est avéré que ses aveux en 2008 ont été obtenus sous la torture. Quant à l'instruction en Belgique contre M. Belliraj, elle est vide. Le parquet fédéral a été jusqu'au bout de l'enquête. Il l'a dit en réclamant une ordonnance de non-lieu. Donc, si ce n'est pas Belliraj qui a commis ces crimes, c'est ce c'est quelqu'un d'autre. Mais M. Belliraj, s'il venait à être libéré, a toujours dit qu'il était disposé à venir en Belgique pour s'expliquer.

Suite de l'affaire Belliraj, le 18 novembre prochain.