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Belges primés à Cannes : "C’est comme Alice au pays des merveilles, je n’ai pas les mots pour décrire ce que je ressens."

29 mai 2022 à 11:54 - mise à jour 29 mai 2022 à 15:04Temps de lecture3 min
Par Lavinia Rotili sur base des interviews de la RTBF

La Belgique a connu un samedi soir historique à Cannes : les trois films belges sélectionnés en compétition se retrouvent tous les trois, en bonne place, au palmarès. A la sortie de la cérémonie, nos journalistes ont recueilli les réactions des réalisateurs primés. En plus de la joie qui domine, il y a aussi une certaine fierté pour un cinéma "made in Belgium" et une filiation qui réunit trois générations de cinéastes.

Le mot "filiation" est en effet revenu souvent dans les interviews : pour Lukas Dhont, qui a obtenu le Grand Prix du Jury pour "Close", c’est "impressionnant". "Il y a différentes générations ici : nous, Félix (Van Groeningen) et les frères Dardenne. J’ai l’impression que c’est impressionnant, pour un petit pays comme la Belgique, qu’il y ait autant de films qui résonnent et qui apparaissent comme importants au niveau mondial. Je suis très fier de représenter cette nouvelle génération. En Belgique, il y a beaucoup de jeunes réalisateurs très doués", a-t-il commenté.

Même ressenti pour Charlotte Vandermeersch et Félix Van Groeningen, qui utilisent, leur aussi, le mot "fierté" quant au prix reçu pour leur "Le Otto Montagne".

"C’est formidable !", enchaîne Jean-Pierre Dardenne, considéré, avec son frère, comme un modèle pour les cinéastes plus jeunes. Le réalisateur espère que ce succès ait un effet sur le financement des films et des salles de cinéma, pour que cela devienne "plus facile" de faire du cinéma.

"C’est un peu comme l’Italie des grandes années à Cannes. […] C’est étonnant : je pense que ce sont les effets d’une politique culturelle précise, avec des commissions qui analysent les scénarios, financent les projets et connaissent les auteurs. On critique souvent les politiques, mais cette fois, il faut le remercier parce qu’ils ont fait leur boulot." Pour Jean-Pierre Dardenne, c’est grâce à une politique culturelle ciblée que peuvent "émerger les talents".

Mais ces interviews, c'est également l’occasion de voir comment les réalisateurs récompensés vivent ce moment unique qu'est la réception d’un film.

"Nous sommes très fiers du parcours qu’on a déjà pu faire avec le film. Nous avions terminé le film juste avant le festival et c’était très émouvant de le partager", explique Lukas Dhont, aux côtés de l’acteur Eden Dambrine.

Comment décrire les émotions que l’on ressent quand on reçoit un film ? Pour les deux Belges, c’est "irréel". En repensant au moment où son nom a été prononcé, Lukas Dhont, nous confie : "J’étais à côté d’Eden et de ma maman, donc j’étais entouré d’amour. Ensuite, on dit ton nom, on monte et c’est quelque chose d’extraordinaire. Je ne sais pas l’exprimer. Il faut sans doute que l''émotion retombe parce que sur le moment, tu n’es pas dans la réalité."

Pour Eden Dambrine, un tel succès, à seulement 15 ans, était inimaginable : "C’est comme Alice au pays des merveilles. Je n’ai même pas les mots pour décrire ce que je ressens."

Au-delà de la fierté, la volonté était aussi de faire passer un message plus global, pour Lukas Dhont, celui de la tendresse : "Avec ce film, j’ai voulu dire quelque chose et montrer de l’amitié et de la tendresse après une période de déconnexion du monde. J’étais content de pouvoir communiquer là-dessus", explique le réalisateur, racontant avoir eu des retours très positifs dès la projection de jeudi.

"Beaucoup de gens nous dont raconté de quelle manière le film les avait impactés et comment ils se sont projetés dans l’histoire. Le film parle de quelque chose de très universel : nous avons tous des amitiés très fortes et tout le monde a perdu un ami ou des amitiés. Cela nous touche de voir à quel point la pellicule ait pu toucher du monde".

Lukas Dhont à Cannes

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"C’est le sommet de notre montagne"

Charlotte Vandermeersch et Félix Van Groeningen reçoivent le Prix du Jury

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Une même émotion se retrouve du côté du couple Charlotte Vandermeersch et Félix Van Groeningen, qui a reçu le Prix du Jury pour son film tourné en Italie, "Le otto montagne" : "On est super émus. C’est une très belle fin de festival pour ce film. On avait espoir parce qu’on avait eu une très belle projection", explique Félix Van Groeningen.

"C’est le sommet de notre montagne", sourit Charlotte Vandermeersch, avec un clin d’œil à leur pellicule.

Pour le couple, le moment le plus émouvant était la projection : avec la pandémie, raconte Félix Van Groeningen, c’était merveilleux de retrouver "le cinéma comme on le vivait quand on était petit".

Et enfin, c’était surtout de la gratitude qui a été exprimée du côté des frères Dardenne, qui ont reçu un prix "sur mesure", celui du 75e anniversaire, pour leur film "Tori et Lokita".

"Nous remercions le jury d’avoir créé ce prix qui, comme l’a dit Vincent Lindon, n’était pas prévu. Pour nous, c’est génial, parce que c’est une manière d’avoir pu parler du film, lui donner une renommée en espérant en une sortie plus large", a commenté Luc.

Pour les deux réalisateurs, l’espoir est que ce prix mette en avant l’importance de subsides pour le cinéma en Belgique et qu’il fasse réfléchir à la migration, thème évoque dans "Tori et Lokita" par l’histoire d’un boulanger qui fait grève de la faim. Un côté de "dénonciation" que Jean-Pierre Dardenne reconnaît et assume.

Les frères Dardenne à Cannes

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