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Belgique

Belfius et Proximus se lancent ensemble dans l’aventure des services bancaires avec Banx, une application "durable" : pourquoi ?

05 oct. 2021 à 12:49 - mise à jour 05 oct. 2021 à 12:54Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Banx n’est pas une nouvelle banque. C’est le nom de l’application digitale que les deux acteurs belges, Belfius et Proximus créent et qui arrive sur le marché belge.

Les clients de ce produit 100% numérique pourront obtenir un numéro de compte, des cartes de débit et utiliser l’application pour les paiements en ligne.

Avec Banx, Proximus et Belfius entendent aussi amener les clients à réfléchir à leur manière de consommer et de payer en calculant l’empreinte écologique de chaque opération bancaire. Tout un programme…

Compter les euros et les émissions de CO2 des paiements bancaires en ligne

Digitale, locale et soutenable sont les trois mots-clés retenus par Guillaume Boutin, le patron de Proximus pour qualifier l’application bancaire présentée ce mardi. 

Banx est 100% digitale. On en devient client en quelques minutes. Reste à choisir entre la formule gratuite comprenant un numéro de compte et une carte de débit sans contact et, en option, une carde de débit Mastercard, ou la formule payante à 6,50 euros par mois pour deux comptes individuels, un compte commun et des cartes pour quatre utilisateurs.

Des placements sont aussi proposés via des fonds. Enfin, les clients reçoivent des points qu’ils pourront échanger auprès de partenaires commerciaux ou consacrer à des projets de développement durable.

L’application Banx entend aussi être locale pour se différencier des applications financières gérées par de grands groupes internationaux. 

Elle se veut aussi soutenable en prétendant "aider nos clients à avoir moins d’impact sur la planète", comme l’a expliqué Guillaume Boutin, CEO de Proximus.

"Banx ne compte pas seulement en euros mais aussi en kilos de CO2 émis", expliquent les fondateurs de l’application. Alors que la part des achats réalisés en ligne ne cesse d’augmenter, que tout peut être acheté et livré de plus en plus vite, l’application bancaire entend faire réfléchir les clients. "Banx veut permettre aux utilisateurs de mesurer leur comportement d’achat, afin de les encourager à acheter de manière plus responsable".  Un tableau de bord indique, pour chaque opération bancaire ou achat en ligne, l'empreinte écologique en émissions de CO2.

Une nécessité pour les banques et les opérateurs de télécoms : se différencier des concurrents

Pour les banques et les opérateurs télécoms, il faut aussi trouver le moyen de se différencier des concurrents. "Ce sont deux secteurs qui sont de plus en plus des commodités. Quelle que soit la banque où je vais et quel que soit l’opérateur où je vais, je reçois à peu près la même chose. Donc, le fait de développer une offre conjointe peut permettre à ces opérateurs de se distinguer et d’offrir des choses nouvelles qu’ils ne pouvaient pas offrir avant quand ils étaient seulement une banque ou un opérateur téléphonique", explique Benoît Gailly, Professeur en Stratégie et gestion de l’innovation à la Louvain School of Management de l’UCLouvain.

Qui plus est, les banques et les opérateurs de télécoms sont obligés de se réinventer car ils sont mis sous pression par les opérateurs digitaux, qu’il s’agisse des Gafam, les géants de l’internet, ou des start-up qui offrent des services concurrents.

Ici, pour le client, on est en présence d’une nouvelle offre bancaire adossée à un acteur, Belfius, que les Belges connaissent, à la différence de nouvelles banques ou applications aux origines plus inconnues. "C’est comme une néobanque, mais avec la garantie que derrière, il y a un acteur qui est Belfius qui a ses licences en ordre en Belgique et a pignon sur rue ", explique Nicolas Van Zeebroeck, Professeur en Economie et Stratégie numérique à la Solvay Brussels School of Economics, à l’ULB.

De la croissance hors des activités de base

Pour ces opérateurs bancaires ou de télécoms, il faut aussi chercher de la croissance en dehors des activités de base. On a ainsi vu Orange, en France, tenter l’aventure de la banque et des opérateurs de télécoms offrir des services dans la santé ou la domotique, par exemple. Et pour les banques, l’idée est de plus en plus de "se servir de sa position comme banque et de sa relation privilégiée avec ses clients pour construire une espèce d’écosystème ou de plateforme qui prend une place grandissante dans la vie des gens", explique Nicolas Van Zeebroeck, de la Solvay Brussels School of Economics, à l’ULB. Ici, Proximus et Belfius "se sont entendus pour créer une niche sur le marché belge", analyse Nicolas Van Zeebroeck.

Pour Benoît Gailly, Professeur en Stratégie et gestion de l’innovation à la Louvain School of Management de l’UCLouvain, le partenariat vise aussi une conquête de la clientèle. "Depuis longtemps, la bataille de l’internet banking est liée à qui possède le client. Est-ce que c’est la banque, est-ce que c’est l’opérateur mobile. Ici, c’est une manière de se partager le gâteau. On possède ensemble le client", explique Benoît Gailly.

Avec cette application, Proximus et Belfius proposent ce qu’elles appellent du "slow banking". Elles titillent l’intérêt du public pour tout ce qui est "durable". "Ils ont choisi un positionnement qui est assez opportunément au goût du jour, à la frontière entre le digital et l’environnement, soit les deux grandes tendances de la décennie et certainement celle à venir", explique Nicolas Van Zeebroeck. 

Bref, une manière de rompre avec l’image des banques d’avant et "d’empêcher les nouveaux entrants dans cette industrie de tirer les lauriers", poursuit Nicolas Van Zeebroeck qui souligne aussi la montée en puissance des néobanques et des cryptomonnaies qui permettent de court-circuiter les banques classiques.

Capter une nouvelle clientèle et développer de nouveaux services

Si Proximus et Belfius s’allient dans cette aventure, c’est parce qu’elles espèrent y trouver chacune des avantages. L’un des objectifs serait d'"arriver à chacun arriver aux clients de l’autre et avoir un marché cible qui est la somme des clients de Proximus et de Belfius""On pourrait imaginer que chacun dise, si vous êtes abonné à notre package Belfius-Proximus, vous avez accès à des services supplémentaires spécifiques ou à de meilleures conditions", imagine Benoît Gailly, de la Louvain School of Management de l’UCLouvain.

Le but d’une telle opération est aussi de créer des synergies. "C’est d’essayer d’attirer les clients, par exemple, de Proximus vers cette néobanque en la présentant comme une extension des services de Proximus. Dans l’autre sens, Belfius avait déjà un accord avec Proximus et mettait à disposition des clients les abonnements Proximus à des prix avantageux", explique Nicolas Van Zeebroeck, de la Solvay Brussels School of Economics de l’ULB. Il y voit une stratégie pour faire de la "vente croisée" puisque les services financiers de base sont de moins en moins rentables.

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