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Avignon 2013: Angelica Liddell, performeuse superstar, bloc de haine et d'amour

Todo el cielo sobre la tierra. Angelica Liddell
13 juil. 2013 à 11:27Temps de lecture2 min
Par Christian Jade

" Todo el cielo sobre la tierra " :

 Massacre des innocents,  volupté perverse, haine de soi et de la Mère : un torrent d’agressivité bercé par des valses sentimentales : la Reine des paradoxes.

Le point de départ de Todo el cielo sobre la tierra " c’est le massacre, en juillet 2011 de 69 jeunes Norvégiens victimes d’Anders Breivik, cet illuminé d’extrême droite sur l’ïle dUtoya. Un massacre qu’Angelica Liddell transforme en un conte macabre en  reliant l’île norvégienne  à l’île de Neverland, où Peter Pan  refuse de grandir, avec un supplément personnel : Neverland se situe à Shanghai, en Chine. Le lien entre tous ces lieux et fables macabres ?  Todo el cielo sobre la tierra, el sindrome de Wendy, explique Angelica Liddell " parle de la perte de la jeunesse et de la peur d’être abandonné…Wendy (l’amoureuse de Peter Pan) construit son île à Shangai pour anéantir ce qu’elle aime le plus…Si je dis, " je suis Wendy ", c’est pour me venger de tout ce qui m’a été enlevé. Si je ne peux pas être aimée des vivants, je m’associerai aux morts "

Face à la confession bourgeoise si " chic " et calculée de Sophie Calle, l’Espagnole Angelica  Liddell secoue le cocotier en un torrent d’outrances où les folies de Goya et les fables " amorales "  de Bunuel se rejoignent. Elle n’a peur de rien. Ni du kitch de la valse, interprétée par un sublime couple de vieux Chinois adorables (on est à Shangai !) qui nous plonge dans un monde de douceur, où les vieux sont beaux et amoureux ! Pas peur des contradictions  non plus, puisque cette image aimable de la vieillesse se transformera en un terrible réquisitoire contre les vieux, à commencer par les mères et un engagement total dans le plus sombre de son moi " pervers ".

En une heure trente d’un époustouflant récital dansé, hurlé son corps et sa voix se lancent dans une transe apocalyptique. Comme si tous les méchants mendiants de Viridiana de  Bunuel étaient rassemblés en une seule personne, elle ! Dans Bunuel, ces mendiants se moquent de Viridiana, incarnation de la bonté chrétienne et parodient la Cène du Christ en un repas profanatoire. Ici Angelica se livre à un massacre systématique, quasi métaphysique ou hystérique (comme on veut !) contre sa mère et tout ce qui a visage de  bon, de bien,  de moral. Sa défense inconditionnelle de l’animalité en dérangera  plus d’un, sa nécrophilie aussi. Or Peter Pan est une fable profondément " immorale ", où Peter Pan abandonne Wendy qui a grandi et est devenue mère au profit de sa…jeune fille ! Ces fables emboîtées, ce mélange de fantasmes et de " satanisme "  chez Liddell nous ramènent, en langage contemporain de la performance, à cette fin de XIX siècle " décadent " où s’illustraient, et Peter Pan, et Alice au pays des merveilles et les Diaboliques mais aussi Félicien Rops, Egon Schiele sans oublier l’analyste de toutes ces perversions, Sigmund Freud. Le chant désespéré et provoquant de Liddell nous rappelle que l’art fait rarement  bon ménage avec les bons sentiments.

NB : 1)ceux qui comprennent l’espagnol auront un grand avantage  sur ceux qui devront s’accrocher aux sous-titres en français, d’une rapidité parfois perturbante !

2) Ping Pang Qiu est, par rapport au précédent, une vision assez sommaire de la Chine de Mao et comme un " brouillon" maladroit de Todo el cielo.  Les grands artistes ne font pas que des chefs d’œuvre !

" Todo el cielo sobre la tierra " :Angelica Liddell

Visible à Avignon jusqu’au 12 juillet  puis à Paris, Odéon, du 20 novembre au 1er décembre et à De Singel, Anvers, les 13 et 14 décembre.

Christian Jade (RTBF.be)

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