Aujourd'hui en Europe: l'Union européenne brille par son absence en République centrafricaine

Cette force européenne devrait venir en appui aux 6000 soldats africains de la MISCA, la mission internationale de soutien à la Centrafrique
19 mars 2014 à 17:03Temps de lecture3 min
Par saha

Près d'un an après la prise de Bangui par la Seleka, MSF dénonce "un an d'escalade de la violence" en Centrafrique et appelle la communauté internationale à accroître son aide. L'Union a dégagé 81 millions d'euros en début de semaine et s'est également engagée à déployer une force européenne sur place mais cette force ne verra pas le jour de sitôt, au grand dam des Français.

Pour rappel en quelques chiffres : les violences ont fait près d'un million de réfugiés et de déplacés sur une population totale de quatre millions et demi d'habitants. Elles ont provoqué une crise humanitaire et sanitaire sans précédent. Les équipes de MSF par exemple sont confrontées à des blessures très spectaculaires perpétrées à l'arme blanche aussi envers des femmes et des enfants.

Dans un premier temps, ce sont les chrétiens qui ont été victimes de violences de la part des combattants majoritairement musulmans de la Seleka qui avaient pris le pouvoir à Bangui. Mais depuis trois ou quatre mois, ce sont désormais les musulmans qui sont pris à partie par les chrétiens avec un esprit de revanche, une haine aveugle. Les musulmans qui sont accusés d'être tous pro-Seleka, ce qui ne correspond pas à la réalité.

Un contexte dramatique qui ajoute à l'agacement de la France par rapport à l'inaction des Européens. Elle l’a fait savoir à la réunion des ministres européens des affaires étrangères lundi. L’Ukraine a évidemment beaucoup mobilisé les Européens, on comprend bien pourquoi, et la France est sur la même longueur d’ondes que ses partenaires là-dessus. Mais à côté de cela, la pédale douce mise par les états membres qui s’étaient engagés en Centrafrique agace la France.

En effet, fin 2013 en sommet, puis au niveau des ministres au début de l’année, les 28 s'étaient pourtant mis d’accord sur le déploiement d’une opération militaire. On parle d'une force entre 800 et 1200 hommes, en soutien aux efforts mis en œuvre pour stabiliser la République centrafricaine.

Cette force européenne doit venir en appui aux six mille soldats africains de la MISCA, la mission internationale de soutien à la Centrafrique. Des soldats qui viennent du Gabon, du Cameroun, du Tchad. La MISCA est sous commandement africain. C’est une mission de maintien de la paix mise en place par l’ONU. Elle avait été demandée par la France qui elle-même a déployé quelque 2000 militaires dans le cadre de l’opération Sangaris.

La France avait demandé l’appui des états membres. Certains voulaient bien s’impliquer mais exigeaient un cadre européen. C’est ce qui a été décidé mi-février. Des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou l’Italie refusaient d’y participer. D'autres étaient prêts à y contribuer. Cette force aurait dû se déployer à cette période-ci mais ne se concrétise pas malgré les engagements. Selon le commandant de cette force Eufor, le général français Philippe Pontiès, il manque une centaine d'hommes pour que le déploiement puisse se faire.

Le lancement est donc subordonné à la mise en place d'une structure logistique d'une centaine de soldats qui assument des fonctions de soutien médical, de transport ou de manutention. Aujourd'hui, seulement sept pays, parmi lesquels l'Estonie, la Lettonie, l'Espagne ou la Belgique, contribuent à l'Eufor. D’où la colère de la France qui rappelle aux-uns et aux-autres leurs engagements.

Le danger, c’est que cette force de stabilisation ne puisse pas jouer pas son rôle sur place faute d’hommes sur le terrain. Ce serait d’autant plus dommageable qu’une transition politique s’est mise en place. La France va probablement taper du poing sur la table lors du sommet demain et vendredi mais pas sûr que cela changera quelque chose. La question reviendra inévitablement aussi lors du sommet Union européenne Afrique organisé dans deux semaines.

Un sommet où Herman van Rompuy devrait insister sur l'appui européen à l'Afrique dans le cadre de forces de maintien de la paix justement. Un paradoxe quand on sait que les états membres ont de la peine à passer des paroles aux actes. Il se dit aussi que rien ne bougera d'ici les élections européennes. Les Européens ne veulent prendre aucun risque, Européens par ailleurs désormais focalisés sur l'Ukraine.

Une séquence réalisée par Africa Gordillo - Aujourd'hui en Europe, tous les jours de la semaine à 17h25 sur La Première.

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