Au Mexique, la lagune de Xico risque de disparaître, à cause de l’homme

06 juin 2021 à 14:34 - mise à jour 06 juin 2021 à 14:42Temps de lecture3 min
Par Esmeralda Labye

Elle se rétrécit, lentement, inexorablement au grand dam des écologistes. Au Mexique, la lagune de Xico, également connue sous le nom de lac Tlahuac-Xico, s’évapore, mettant à nu des terres que les habitants sont impatients d’utiliser pour l’agriculture. Problème, la surutilisation des terres contribue à faire baisser le niveau de l’eau et le déversement d’ordures menace de contaminer la zone et la faune locale.

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Amin Cruz est agriculteur et élu local. Chaque jour, il constate un peu plus les dégâts. "Chaque année, nous constatons que le nombre d’espèces qui arrivent dans cette zone humide est en baisse, notamment à cause de la question de l’eau. Les niveaux baissent, il n’y a pas assez d’eau pour nicher et certaines d’entre elles n’y arrivent plus" explique-t-il à l’AFP.

Malheureusement un autre phénomène perturbe la lagune, l’arrivée massive de déchets. "La décharge illégale nous affecte de deux manières" commente l’élu. " D’abord, la production des agriculteurs communaux, car elle contamine les terres où nous semons, où nous récoltons et cultivons. Et deuxièmement, il y a l’impact environnemental parce que les oiseaux mangent les déchets de la décharge."

Jorge Palacios un autre élu local est du même avis. "Il y a deux mois, trois mois, une partie de la lagune était complètement asséchée, les agriculteurs communaux ont vu qu’il n’y avait plus d’eau et ils ont commencé à la cultiver. Ils ont mis des machines, ils ont mis des tracteurs et maintenant il y a même des cultures."

Quand l’homme détruit la pachamama

Située dans une zone agricole au sud-est de la capitale, la lagune occupait 513 hectares. Aujourd’hui, une partie s’est évaporée terre, une autre est à la moitié du niveau qu’elle était, selon les écologistes et les habitants.

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La disparition de la lagune a commencé il y a une dizaine d’années. Pour cultiver toujours plus de terres, les locaux ont ouvert des puits, un grand nombre de puits. Plus d’hommes, plus d’activité humaine, plus de déchets… Désormais les canards, hérons, pélicans et d’autres espèces indigènes nagent au-dessus d’un miroir d’eau verdâtre.

Le site revêt pourtant une importance essentielle, il accueille des oiseaux migrateurs qui voyagent en hiver depuis l’extrême nord du continent américain.

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Depuis l’époque pré-hispanique

Le site existe depuis l’époque pré-hispanique, soit entre le Xe et le XIIe siècle. Mais il a été modifié par le tremblement de terre qui a secoué le pays en 1985 et fait plus de 10.000 morts.

Un autre tremblement de terre en 2017, qui a fait 370 morts, a marqué sa détérioration, puisqu’il en a fait un " dépôt de gravats ", raconte à l’AFP Pedro Moctezuma, économiste et urbaniste qui étudie la région depuis des années. " Il ne peut pas y avoir d’environnement sain s’il sacrifie les êtres humains, les femmes et les hommes ont actuellement des besoins économiques très forts et donc ce n’est pas entre sauver la nature ou donner des options aux communautés mais les deux."


 

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Menace urbaine

La lagune partage son nom avec un volcan voisin et se nourrit d’eau de pluie et de petits ruissellements.

La zone où nichent les oiseaux voyageurs est aussi une décharge où les eaux usées sont mélangées.

A cela s’ajoute un enfoncement du sol, environ 35 cm par an. La cause n’est pas à chercher bien loin, depuis trois décennies l’eau est extraite pour la population qui ne cesse de croître.

Bien que les habitants affirment être conscients des dégâts qui ont fait fuir les oiseaux, ils se félicitent de l’expansion des terres arables avec l’assèchement de la lagune.

"La priorité est la récupération de ces terres (pour la plantation). Cependant, nous devons vérifier le nombre d’oiseaux qui arrivent pour les prendre en considération et en prendre soin", explique Amín Cruz.

Son voisin Jorge Martínez, 65 ans, affirme-lui que l’eau "n’est plus saine pour les plantes".

Certains pensent en tout cas que le lac peut approvisionner l’est de la capitale, qui compte neuf millions d’habitants, mais de manière ordonnée et en utilisant des stations d’épuration.

Le maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, a récemment annoncé que son gouvernement travaillait sur un projet de récupération de la réserve, sans donner plus d’explications.

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