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Allemagne: Joachim Gauck, un nouveau président au-dessus de tout soupçon

La chancelière allemande et le futur président de l'Allemagne Joachim Gauck réunis à Berlin en conférence de presse, le 19 février 2012
19 févr. 2012 à 22:15 - mise à jour 20 févr. 2012 à 08:44Temps de lecture2 min
Par AFP

Les Unions chrétiennes (CDU/CSU) d'Angela Merkel, son allié libéral (FDP), le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts se sont mis d'accord pour que Joachim Gauck, 72 ans, succède à Christian Wulff, qui a démissionné vendredi, soupçonné de prévarication.

C'est la chancelière Merkel, tout sourire, qui a fait cette annonce lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte dimanche soir après une seule réunion de toutes les parties.

"Cet homme peut fournir une impulsion décisive pour faire face aux défis de notre temps", a lancé Angela Merkel.

La chancelière est elle-même fille de pasteur et elle a grandi dans la région d'origine de Joachim Gauck, un homme grand, posé et souriant qu'elle a qualifié de "professeur de démocratie" pour le rôle qu'il a joué à la fin de la RDA et lors de la Réunification.

Mais en juin 2010, elle avait ferraillé pour faire élire péniblement Christian Wulff, au troisième tour, contre Joachim Gauck, qui n'appartient à aucun parti mais que présentaient le SPD et les Verts.

Une fonction plus importante que son apparence honorifique

Le président de la République allemand occupe une fonction essentiellement honorifique mais il peut être une autorité morale. Richard von Weizsäcker, par exemple, a beaucoup fait pour que la RFA assume son passé nazi.

Manifestement ému, Joachim Gauck, qui selon une majorité d'Allemands est à même de restaurer la dignité de la fonction présidentielle, a commenté: "C'est un jour très spécial pour moi, même dans une vie qui en a connu plusieurs".

Il s'est dit heureux que "quelqu'un comme (lui), né durant une guerre terrible et qui a vécu 50 ans sous une dictature (...) soit appelé à devenir chef de l'Etat".

Mais je ne suis "ni Superman, ni un homme infaillible", a-t-il averti.

Joachim Gauck s'est dit "un peu dépassé et troublé" de s'être retrouvé au centre d'une partie de ping pong politique deux fois en deux ans, mais il veut aider les Allemands à retrouver "foi dans leur propre force" notamment face à la crise de la zone euro.

Joachim Gauck, surnommé après son échec de juin 2010 "le président des coeurs" par la presse populaire, jouit d'une grande popularité en Allemagne. Il est généralement admiré pour la manière dont il a tenté de concilier vérité, justice et réconciliation en tant que premier responsable des archives de la Stasi, la police secrète est-allemande, pendant 10 ans à partir de 1990.

Défenseur des droits de l'Homme en RDA, il fut un porte-parole du comité d'opposants Nouveau Forum dans sa ville de Rostock avant la chute du Mur.

Seul le parti d'extrême gauche Die Linke, qui comprend nombre d'anciens membres du Parti communiste qui régnait sur la RDA, critique de manière virulente ce pasteur luthérien et a déjà annoncé qu'il ne le soutiendrait pas.

Il sera officiellement élu par une assemblée fédérale composée des députés du Bundestag et de délégués du monde politique et de la société civile choisis par les parlements régionaux, qui doit se tenir d'ici le 18 mars.

Christian Wulff, qui a démissionné vendredi, était depuis mi-décembre sous le feu des critiques des médias et de l'opposition, accusé d'avoir profité de sa position à la tête de la Basse-Saxe (2003-2010) pour obtenir des avantages financiers divers et multiples, puis d'avoir tenté d'étouffer ces affaires. Début janvier il avait refusé de démissionner.

AFP