Belgique

Accord sur la prolongation de 2 centrales nucléaires… mais rien ou presque sur la gestion des déchets

22 juil. 2022 à 15:12Temps de lecture3 min
Par Pascale Bollekens, avec Sophie Mergen et Michel Gassée

C’est un accord de principe entre Engie et notre gouvernement qui vient d’être annoncé pour prolonger la vie de deux de nos centrales nucléaires pendant 10 ans.

Si les choses semblent plus ou moins claires, sur le mode de fonctionnement et le financement, elles le sont beaucoup moins en ce qui concerne la gestion future des déchets en particulier sur ceux de haute activité (comme le combustible irradié dans les centrales).

Pour le moment, ces déchets sont entreposés provisoirement sur les sites nucléaires mais à terme, il faudra trouver une solution plus pérenne.

Des déchets de haute activité et de longue vie qui pourraient être stockés en profondeur dans de l’argile

L’ONDRAF, l’organisme chargé chez nous de gérer les déchets nucléaires, a proposé de stocker ces déchets de haute activité et de longue durée de vie, en profondeur, un stockage géologique et de faire un débat sociétal autour de la décision. L’arrêté royal a été approuvé le 1er avril dernier.

"Le principe est de confiner ces déchets et de les isoler de l’Homme et de l’environnement. On pourra assurer la sûreté à très long terme dans une couche géologique stable comme l’argile de Boom par exemple" nous explique Siegrid Eeckhout, la porte-parole, "Nous voulons les isoler car les plus grands risques aujourd’hui, comme les changements climatiques, les guerres se passent en surface. Ces déchets resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années."

Selon l’ONDRAF, la sûreté du projet a été testée pendant 40 ans. Le laboratoire de Mol-Dessel est en effet, situé à près de 200 mètres de profondeur sous le site nucléaire, dans de l’argile. Et puis, on pourra aussi utiliser des engins industriels courants pour creuser le futur lieu de stockage, c’est un projet économiquement viable. Il y a un accord sur le principe.

Les industriels de l’Atome trépignent d’impatience

Pour le Forum nucléaire belge, le lobby des industriels du nucléaire, on ne peut plus attendre. Serge Dauby, le directeur de la communication, insiste : "Il faut mettre en place la décision du politique, sans savoir où se passera ce type d’enfouissement, on évoque souvent le site nucléaire de Mol-Dessel dans le Limbourg mais il n’est peut-être pas le seul que l’on pourrait prendre en considération. Il sera donc nécessaire de prévenir et d’entrer en contact avec les riverains concernés. Mais évidemment, pour cela il faut une décision !"

Mais selon lui, cela pourrait prendre du temps avant que cette infrastructure soit opérationnelle et prête à accueillir les premiers fûts. Ces espèces de tonneaux sont appelées aussi sarcophages en raison de leurs importantes protections, il faut dire qu’ils doivent être entreposés à des centaines de mètres de mettre sous terre :" C’est pourtant une couche d’argile qui peut offrir une bonne étanchéité" poursuit le porte-parole, "que l’on ne rencontre pas dans d’autres pays comme la Finlande ou la Suède qui ont choisi l’enfouissement, mais pour arriver à cette mise en place finale, cela pourrait prendre des dizaines d’année, 2080 voire 2100."

Enfouissement des déchets : Aucun scénario concret ni aucune idée du montant de la note finale

Cet expert nucléaire très bien informé qui nous parle sous anonymat, est formel. On ne sait pas grand-chose du traitement ultime que l’on décide pour nos déchets nucléaires. "Il y a un arrêté royal qui prévoit une consultation participative avec la fondation Roi Baudouin pour voir si la population est d’accord sur cet enfouissement en profondeur dans l’argile avec une grosse inconnue son prix. Des hypothèses de plus en plus sérieuses existent mais personne n’a encore pu donner le montant final de tout cela."

Jan Vande Putte, expert nucléaire de Greenpeace Belgique ne décolère pas : "On n’a aucune idée du coût mais il n’y a même pas de scénario de référence. C’est incroyable de définir un tel scénario avec un montant de financement plafond, sans avoir une idée de la technologie qui sera utilisée et même de la localisation de la zone, ni même la couche géologique dans laquelle on va les mettre. Il n’y a pour l’heure, aucune autorisation de l’AFCN, l’agence de contrôle nucléaire sur un projet concret d’enfouissement. Il n’y a aucun calcul actualisé. Rien."

Et de poursuivre : "L’ONDRAF, l’organisme chargé de gérer nos déchets radioactifs, a bien fait des recherches notamment à Mol-Dessel mais aucun projet concret n’a été proposé. Il s’agissait de les enfouir dans une couche d’argile de Boom à quelque 270 mètres de profondeur sous le site de Dessel mais nous avions émis des doutes sur cette solution, tout comme l’AFCN en 2015 qui avait demandé à l’ONDRAF, de revenir avec des alternatives et un projet plus concret. On en est toujours là. Autour de ce projet, il n’y a que des incertitudes".

Selon Greenpeace, il y aurait quelque 4000 tonnes de combustibles irradiés dont une soixantaine a été retraitée.

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