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25 ans après sa mort, Pablo Escobar divise encore sa ville de Medellín

25 ans de la mort de Pablo Escobar

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02 déc. 2018 à 05:00Temps de lecture2 min
Par Caroline Hick

Le 2 décembre 1993, armes lourdes aux poings, les membres des unités d'élite colombiennes sont tout sourire. A leurs pieds, le cadavre de Pablo Escobar. Il viennent de l'abattre, après des mois de cavale. En Colombie, et plus particulièrement dans sa ville de Medellin, c'est un événement majeur. Car Escobar, c'était ici le "patron". Un baron de la drogue, à la tête du plus grand cartel au monde. Il va contrôler jusqu'à 80% du trafic international de cocaïne. Les Etats-Unis, qu'il inonde de sa poudre blanche, veulent sa peau. On estime sa fortune à 30 milliards de dollars.

"Plata o plomo"

Derrière son sourire et son indissociable moustache noire, se cache un sanguinaire, commanditaire de centaines d'assassinats de membres de réseaux concurrents mais aussi de juges, policiers, hommes politiques et journalistes. S'il a beau dire qu'il "cherche la paix" et qu'il ne veut pas "d'affrontements entre Colombiens", malheur à celui qui se met en travers de sa route. Il est exécuté sans ménagement. "Plata o plomo" - le pognon ou le plomb. La corruption ou une balle dans la tête.

En 1991, lorsqu'il se rend aux autorités pour éviter une extradition aux Etats-Unis, il parvient à négocier d'aménager lui-même sa prison. "La Catedral", une demeure luxueuse, d'où il continue à gérer son trafic de drogues et à exécuter ses ennemis.

C'en est trop pour les autorités, qui découvrent qu'elles se sont fait piéger. Elles décident de le transférer dans une vraie prison. C'est alors qu'il décide de partir en cavale. 

"Escobar, c'est notre Robin des bois"

Pourtant, ce n'est pas l'image qu'on retient de Pablo Escobar dans le quartier de Medellín qui porte son nom. Même si sa dangerosité est reconnue, nombreux sont les habitants qui se souviennent surtout de l'homme riche qui a donné de l'argent aux pauvres, qui leur a construit des maisons et des terrains de sport. "Pour moi, le Robin des bois colombien, c'est Pablo Escobar. Parce qu'il prenait aux riches pour nous donner à nous, les pauvres. Il s'occupait très bien de nous, nous vivions dans une misère totale."

A Medellín, des "narco-circuits"

Devant la tombe d'Escobar ou dans ses anciennes propriétés transformées en musée ou en parc d'attractions, on croise aussi beaucoup de touristes étrangers. Depuis quelques années, Escobar est devenu héros de séries et de films d'actions, et cela a provoqué un regain d'intérêt pour la ville de Medellin, où des circuits Pablo Escobar sont proposés aux touristes. Tout est fait pour les accueillir et les guider, parfois pendant 6 jours de visite.

Les autorités de Medellín tentent de limiter ce narco-tourisme. Pas illégal mais pas très éthique, selon le maire de la ville, Federico Gutierrez. "Tous ces "narcos-circuits" concernent une des personnes les plus impliquées dans le phénomène le plus sanglant que notre pays ait jamais connu. La mafia, cette culture de la mafia, c'est ce qui nous a fait le plus mal!" Pour Federico Gutierrez, ces propriétés doivent être transformées en lieux de mémoire des innombrables victimes de Pablo Escobar, plutôt qu'en lieux de culte ou de tourisme. A l'image de la Catedral, sa prison personnelle, qui est aujourd'hui devenue un monastère. Mais il le sait, même en éradiquant toutes ses propriétés, le mythe Escobar continuera d'exister...

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